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huguette

 

La leçon d'histoire

 

L'occupation nazie en France n'a pas été pour moi tout à fait sans conséquence même si je l'ai vécue avec les yeux d'un enfant. Mon père, qui était alors officier de gendarmerie, a décidé de quitter son emploi, pour lequel il avait une vraie passion. Il a choisi de " ne pas aller prendre ses ordres à la kommandantur " et de ne pas participer à la déportation d'un certain nombre de ses compatriotes. A cette époque je n'ai bien sûr pas compris la portée de ce geste. C'est, bien des années plus tard, pendant le procès de Maurice Papon que j'ai véritablement compris la force de ce choix. Tous les fonctionnaires de la république ne s'étaient pas comportés de la même manière. Le film que je souhaite réaliser sera donc dédié à la mémoire de mon père mais aussi à celle de tous les anonymes qui ont dit non à Hitler.

            Ceci étant dit, je ne connaissais pas personnellement de déportés, sauf bien sûr à travers l'image qu'en avaient donné les films tournés sur ce sujet. Ceux-ci, il est vrai, ont permis à un nombreux public une approche de ce sujet difficile. Mais pour la plupart ce sont des films de fiction. Interprétés par des acteurs prestigieux, avec un scénario bien ficelé, ils gardent justement une part de fiction qui nous rassure. Souvent les anciens déportés le soulignent : " C'est du cinéma, je ne retrouve pas exactement ce que j'ai subi " Et puis j'ai rencontré une rescapée de Buchenwald. Très discrète, elle n'en avait jamais parlé, angoissée surtout par la crainte de ne pas être crue : " A mon retour, j'ai cessé de parler parce qu'on a cru que j'étais folle ". Et puis ces souvenirs sont tellement douloureux qu'il est très difficile de faire émerger un passé qu'on essaie de tenir à distance depuis des années. La déportation de français de toutes conditions, de toutes confessions ou obédiences vers les camps de déportation reste un souvenir douloureux pour bien des familles françaises. Aujourd'hui si la mémoire de ces événements tragiques reste, les témoins directs, cinquante ans après, commencent à disparaître. Dans les années qui viennent ils seront de moins en moins nombreux ceux qui peuvent dire comment ils ont vécu ces terribles circonstances. Et puis cette première rencontre en a amené d'autres et en particulier celle de Michel Germain, historien et professeur dans un collège de Seynod. C'est de toutes ces rencontres qu'est née la direction que je souhaite donner au film.

            Le dispositif que j'ai imaginé pour la réalisation de ce film se veut quelque peu différent par au moins deux aspects :

             Les témoins sollicités ne s'exprimeront pas seuls face à la caméra, soit dans leurs univers familier, c'est-à-dire chez eux, ou même sur les lieux de leur déportation mais beaucoup plus simplement dans une salle de classe face à des élèves de collège. La qualité du témoignage se trouve affectée par cette simple mise en perspective. Devant les élèves, il y a nécessité de s'exprimer simplement pour faire comprendre et partager la dureté de l'expérience vécue. Il faut répondre aux questions posées. Et puis, surtout, il y a une vérité oubliée qui peut surgir et qui tient au fait très simple que ces anciens déportés ont vécu leur calvaire approximativement au même âge que celui des élèves qu'ils ont en face d'eux. C'est donc le souvenir d'un vécu adolescent qui est transmis à d'autres adolescents. C'est bien parce qu'ils s'adressent à des enfants, dans un cadre scolaire, accompagnés par un professeur depuis longtemps acquis à leur cause, qu'ils ont accepté  de se confier vraiment en présence de caméras discrètes. Ces témoignages n'en seront que plus poignants. Ces témoins ont acquis avec le recul du temps une sérénité et une sagesse admirables.

            L'autre ambition de ce film est de faire co-exister dans un même récit des témoignages qui existent souvent de manière séparée. Les témoins que j'ai choisis ont été déportés pour des raisons très différentes qu'ils aient été juifs ou anciens résistants. Il est très important pour moi de ne pas distinguer dans les circonstances qui ont pu amener, l'un ou l'autre des personnages choisis, dans cette terrible situation. Et puis aussi, je voudrais, pour une fois, donner la parole à des sans grades, à ces éternels anonymes, à des gens du commun dans toute leur humanité loin des images convaincantes qu'on fabrique parfois à propos des héros.

            Enfin, au moment où l'extrémisme semble gagner dans notre pays, y compris dans les urnes, les dernières élections présidentielles l'ont malheureusement bien montré, il me semble important de revenir sur ces événements. Ils ont été produits par le nazisme qui a été l'une des pires expressions, jamais connues dans l'histoire, d'une pensée extrémiste. Il me semble aujourd'hui plus que jamais nécessaire de collecter le témoignage de résistants ou de victimes juives qui nous ressembleraient si ce n'est cette profonde cicatrice qu'ils ont au cœur.

Bernard Reydet

Fiche technique

Auteur réalisateur :                         Bernard Reydet

Images :                                             Bernard Reydet / Claude Bondier    

Son :                                                  Claude Bondier / Benoit Lelong

Lieu de tournage :                           Haute-Savoie

Année de production :                    2004

Format de tournage image :           DVCam

Format de prise de son :                Nagra numérique

Format de diffusion :                       Beta numérique

Durée :                                              90 minutes

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