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Cinedoc films -18 Chemin de la Prairie - 74000 ANNECY

 
  
 
 
 
 
 
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Avec Damouré Zika,

un acteur au pays de nulle part

 

Dossier du film téléchargeable au format PDF

 

INTRODUCTION

Damouré Zika est  un pêcheur Sorko, un maître pêcheur du Niger, à la fois chasseur d’hippopotames et prêtre magistral du génie du tonnerre. Lorsqu’il était jeune, sa grand-mère, la vieille Kalia, « faisait » la pluie pour toute la région de Niamey, et  Damouré récitait avec elle les devises terribles et caressantes qui flattent les dieux de l’eau ou de la foudre. Sa connaissance du visible et de l’invisible était respectée plus loin que loin.

Le tout jeune Damouré a appris à lire et à écrire contre son gré. Si bien que son père a du le corriger bien souvent pour l’envoyer à l’école primaire de Niamey, où il n’a pas été un élève particulièrement remarquable. C’est en 1942 que Damouré a été embauché comme assistant sur un des nombreux chantiers de l’époque, celui de la route qui devait relier Niamey à Gao.

C’était la saison des pluies et le génie du tonnerre a frappé plusieurs manœuvres sur le chantier. Damouré Zika dit alors à son patron que ces histoires là étaient l’affaire de sa grand mère Kalia, et qu’il fallait aller la trouver. Ce « patron » de l’époque était un ingénieur nouvellement diplômé de l’école des ponts et chaussées de Paris, un certain «Jean Rouch ». Ce fut le début d’une longue histoire au cœur d’une Afrique en pleine transformation. Damouré Zika devait devenir le plus fidèle ami de Jean, et aussi son plus proche complice.

Si cette histoire éclaire notre monde d’un peu de lumière, c’est que ceux qui l’ont écrite ont, chacun à leur manière, mangé leur époque.  Je ne présenterai pas Jean Rouch : chacun s’en fera sa propre idée à partir des innombrables films, récits, essais, thèses et autres mémoires qui lui  sont consacrés. Damouré Zika quant à lui, et en dehors de la place centrale qu’il occupe dans la filmographie de Jean Rouch, demeure une personne qui est toujours restée un peu dans l’ombre du grand cinéaste qui fût son « patron » durant tant d’années.

Ce film est pour moi l’occasion de donner un peu de lumière sur cet homme au charisme hors du commun. 

NAISSANCE DU PROJET

J’ai eu la chance de faire une bonne partie de mes études avec Jean Rouch. C’était dans le milieu des années 70, et ce fut pour moi l’occasion de voir la quasi-totalité de ses films et à travers eux de découvrir la personnalité de Damouré Zika, l’un des plus proches compagnons de Jean.

Mais ma première véritable rencontre avec Damouré remonte à 1993 : j’avais invité Jean Rouch et ses amis Damouré, Lam, Tallou et Moussa à Annecy pour présenter une rétrospective de leurs films. Je profitais de cette réunion exceptionnelle pour tourner quelques images de la « bande à Rouch » à Annecy. J’organisai un tournage  sur une barque de pêcheur sur le lac avec l’idée de faire raconter à Rouch et à ses amis leurs premières aventures cinématographiques sur le fleuve Niger dans les années 40. Je garde de ce moment un souvenir inoubliable et … quelques images tournées en 16mm.

A ce moment, Jean rentrait du Festival de Berlin où lui et ses amis venaient de recevoir le « prix de la Paix » pour le dernier long métrage de Jean « Madame l’eau ». C’est durant ce court séjour plein d’émotions que je découvrais la grande humanité qui se dégageait de la personne de Damouré.

En avril 2003, j’ai rendu visite à mon ami Damouré comme à l’occasion de chacun de mes voyages au Niger. Jean Rouch, un peu « fatigué », n’était pas revenu au Niger depuis de trop nombreux mois. Damouré s’en plaignait amicalement, lui promettant même de copieuses insultes si une occasion de le faire se présentait à lui. Je lui ais offert immédiatement cette occasion, trop heureux de devenir l’instrument de cette joute amicale entre Damouré et Jean Rouch. Je lui proposais de « tourner » à l’improviste une lettre vidéo. Je m’engageais à la montrer à Jean à Paris, à enregistrer sa réponse et à la lui rapporter. J’associais également à cette lettre mon ami Moustapha Alassane de Taoua, le premier africain à avoir réalisé des films d’animation.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : dans sa réponse à Damouré et à Moustapha, Jean avait raconté, comme il savait si bien le faire, qu’avant de venir à Niamey, il fallait absolument qu’il prenne une …assurance vie. On connaît la suite.

J’avais depuis une dizaine d’années le désir de faire un film avec Damouré et de montrer ce qui a fait de cet homme hors du commun une figure emblématique de notre époque et même un véritable héros national pour le Niger.

La disparition brutale de Jean en février 2004 m’a définitivement décidé à passer à l’acte, car comme le dit si justement le grand écrivain malien Hamadou Ampâté Bâ :

« En Afrique, chaque fois qu'un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle ».

C’est le projet que je porte ici, et que je désire partager avec Damouré Zika, un acteur au pays de nulle part.

UN FILM EN DEVENIR

Le film que je veux réaliser est le portrait d’un témoin de notre époque. Damouré est né dans une famille de pêcheurs au bord du fleuve Niger, il a traversé presque tout le XXème siècle et pénètre dans le troisième millénaire empli d’une sagesse acquise au fil d’une vie passionnante et passionnée. Issu d’une culture africaine forte et remarquable qu’il a reçue de ses parents, et en particulier de sa Grand-mère Kalia, il a été largement influencé  par la culture occidentale en général et française en particulier, à travers sa longue relation avec Jean Rouch.

Damouré Zika a toute sa vie occupé une place particulière entre Afrique et occident, entre monde noir et monde blanc, entre société traditionnelle et monde moderne.

Epoux de 8 femmes, père de 32 enfants et plus de 80 fois grand père, il « règne » sur sa famille en patriarche africain, tenant à jour le carnet des naissances dans lequel il consigne les noms, prénoms et dates de naissance de chaque membre de sa grande famille.

Aujourd’hui, Damouré a plus de 80 ans et il continue d’animer un petit cabinet médical qu’il a créé il y a une quarantaine d’années : le « Cabinet médical Jane Rouch ». Il y dispense un savant mélange d’une médecine traditionnelle basée sur les plantes qu’il a reçu de son père, et une médecine occidentale classique apprise à l’école d’infirmier dont il est diplômé.

Connu dans toute l’Afrique sahélienne grâce à ses émissions hebdomadaires sur la santé et aux soins qu’il prodigue toujours avec une assiduité sans faille, Damouré est une figure emblématique du Niger et même au delà des frontières.

Laissant aujourd’hui à ses patients le choix de la méthode, il accommode ses connaissances médicales avec un zeste de la comédie qu’il a apprise avec le cinéma : « quand tu as réussi à faire rire le patient, tu as déjà fais plus de la moitié du chemin »

Avide de connaissances médicales et curieux de tous les remèdes, il n’a eu de cesse de collecter des informations et de les consigner sur des fiches. Il a aujourd’hui un véritable trésor entre les mains.

Le documentaire que je veux écrire sera centré sur la personne de Damouré. Je souhaite travailler avec lui la mise en scène de sa vie à travers un choix de séquences et de situations qu’il me reste à repérer et à définir.

Le récit pourra être structuré autour de trois axes :

  1. La vie familiale : cette dimension sera constituée de quelques séquences tournées dans la concession familiale, et d’entretiens pour lesquels il sera mis en situation pour parler de sa grande famille et de son organisation sans faille. Cette partie sera agrémentée du témoignage de Karim, le fils aîné de Damouré. Il a 55 ans et travaille depuis de nombreuses années au Zoo de Niamey. Il s’occupe entre autre d’un hippopotame qui porte le nom de …Kalia, la grand-mère défunte !
  1. Le travail médical : nous assisterons à des consultations, à des séances de préparation. Ces séquences seront complétées par des entretiens avec Damouré sur les méthodes qu’il utilise pour soigner ses patients. Il expliquera comment il collecte les informations sur les remèdes et les plantes. Puis nous suivrons Damouré lors d’une sortie « cueillette » durant laquelle il nous donnera quelques exemples de remèdes. Nous filmerons très certainement Damouré lors de l’un de ses enregistrements à la Radio Sahel, la radio nationale du Niger, pour son émission médicale hebdomadaire.
  1. Le chemin avec Jean Rouch : il s’agira ici de comprendre comment Jean Rouch a été le guide et le compagnon de route de Damouré. Il pourrait être intéressant de retrouver Damouré sur un ou deux lieux emblématiques de leur collaboration. Le lieu de la première rencontre entre Damouré et Jean sur les bords du fleuve à Niamey, ou encore à Ayorou sur un pirogue pour évoquer leur premier tournage : La chasse à l’hippopotame.

Cette structure pourra être entrecoupée d’entretiens réalisés avec des personnalités ayant fait un bout du chemin avec Damouré : Diouldé Laya, ancien directeur de l’IRSH (Institut de Recherche en Sciences Humaines) de Niamey, ou encore Moustapha Alassane, réalisateur nigérien de films d’animation, pourraient apporter des témoignages passionnants sur des moments précis de la vie de Damouré.

Par ailleurs, il y aura un travail de recherches d’archives et de documents qui sera effectué, tant sur le plan de la cinématographie de Damouré Zika que sur les événements qui ont ponctué sa vie, que ce soit en Afrique ou dans le monde. Ces éléments pourront être recherchés dans les actualités cinématographiques ou télévisuelles.

D’une façon plus générale, je serais toujours attentif à restituer la vie de Damouré par rapport à ces axes qui en constituent le fondement. Je m’attacherai à relier ces aspects à la grande histoire et à celle de Jean Rouch sans pour autant  les placer au centre de mes préoccupations ou du film.

Je souhaite réaliser un documentaire qui donne à voir comment une époque forge un homme, un caractère, une personnalité à partir des événements qu’il croise et des personnalités qu’il rencontre. Je m’attacherai à comprendre ce que Damouré Zika a fait de ce que la vie lui a apporté plutôt que de dresser un inventaire biographique de ce qu’il a fait de sa vie.

Au-delà de ce portrait, je souhaite que chacun puisse être étonné et ému par un tel homme, par sa soif de vie, son acharnement à être en paix et par sa générosité absolue envers ses contemporains.

J’aimerai que ce film soit un apéritif à la vie et qu’il donne à chacun l’envie de « dévorer son époque » à pleines dents Damouré Zika a dressé le couvert et il nous convie.

Bon appétit !

 

Fiche technique

Technique :
Nationalité :                               France  
Supports:                                  Tournage DVCam Stéréo
Durée :                                     52 minutes
Auteur / réalisateur / images :    Christian Lelong
Son :                                        Michel Zongo      
Montage :                                 François Sculier
Producteurs délégués :              Christian Lelong
Dates du tournage :                  juin 2006
Durée du tournage :                 3 semaines
Durée du postproduction :         6 semaines
Date de livraison (prévisionnel) :septembre 2006

Géographie :
Tournage :                                Niamey (Niger)
Postproduction :                        Annecy (France)

Production :                          Cinédoc films
                                              TV8 Mont Blanc (Annecy)
                                              TV Rennes
                                              CFICanal France International

  damoure acteur

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